Photographier les aurores boréales : matériel, réglages et nos erreurs
Pourquoi je peux en parler
Je suis photographe à mi-temps, et la Laponie est devenue mon terrain de jeu préféré. En six voyages, on a observé quatorze aurores avec Julien, et j'ai photographié la quasi-totalité d'entre elles. J'ai aussi raté les premières de façon assez spectaculaire, et c'est justement pour ça que cet article existe : j'aurais aimé qu'on me prévienne avant de me geler les doigts pour rien.
La première nuit, en décembre 2021 à Inari, j'ai cru qu'il suffisait de pointer l'appareil vers le ciel et d'appuyer. J'ai obtenu vingt photos parfaitement noires. La vingt-et-unième était noire avec une étoile floue. J'étais effondrée. Le voile vert que je voyais à l'œil nu n'apparaissait nulle part sur mes images. Il m'a fallu trois voyages pour comprendre que photographier les aurores, c'est un savoir-faire en soi, et que la plupart des réglages "par défaut" d'un appareil sont l'exact inverse de ce qu'il faut.
Si vous préparez votre voyage, lisez d'abord notre guide complet sur les aurores boréales en Laponie pour savoir où et quand les voir. Ici, on se concentre uniquement sur la photo.
Le matériel : ce qui compte vraiment
L'appareil
Trois catégories d'appareils permettent de photographier une aurore, avec des résultats très différents.
| Appareil | Résultat | Pour qui |
|---|---|---|
| Reflex ou hybride | Excellent, exploitable en grand format | Photographes amateurs et confirmés |
| Smartphone récent (mode nuit) | Bon pour les souvenirs, couleurs parfois exagérées | La majorité des voyageurs |
| Compact ancien / smartphone d'avant 2021 | Médiocre à inutilisable | À éviter pour les aurores |
Ce qui fait la différence, ce n'est pas le nombre de mégapixels, c'est la capacité du capteur à encaisser les hautes sensibilités (ISO élevés) sans trop de bruit, et la possibilité de régler la pose en manuel. Un vieux reflex d'entrée de gamme avec un bon objectif lumineux battra toujours un appareil dernier cri avec un objectif fermé.
L'objectif : le vrai nerf de la guerre
C'est là que se joue 80 % du résultat. Il vous faut un objectif grand-angle et lumineux.
- Grand-angle (14, 16, 20 ou 24 mm) : les aurores couvrent souvent tout le ciel. Un 50 mm ne capturera qu'un fragment. Mon objectif fétiche en Laponie, c'est un 16 mm.
- Lumineux : l'ouverture maximale doit être au minimum f/2.8. Idéalement f/1.8 ou f/2. Plus le chiffre est petit, plus l'objectif laisse entrer de lumière, et plus vous pouvez raccourcir la pose (ce qui fige mieux les rideaux d'aurore en mouvement).
Si votre objectif ouvre seulement à f/4 ou f/5.6 (cas de beaucoup de zooms de kit), vous pourrez quand même photographier, mais vous devrez monter les ISO et allonger la pose, au prix de plus de bruit et de flou.
Le trépied : non négociable
Avec des poses de 5 à 15 secondes, tenir l'appareil à la main est impossible. Le moindre tremblement transforme l'image en bouillie. Un trépied, même basique, change tout.
Notre conseil après plusieurs galères : un trépied en carbone plutôt qu'en aluminium. À -30°C, l'aluminium devient glacial au point de coller aux doigts, et le métal se contracte. Le carbone est plus léger à porter dans la neige et bien moins désagréable à manipuler. Vérifiez aussi que les serrages sont assez gros pour être manœuvrés avec des gants.
Les accessoires qui sauvent la nuit
- Une télécommande ou le retardateur : appuyer sur le déclencheur fait bouger l'appareil. Utilisez le retardateur de 2 secondes si vous n'avez pas de télécommande.
- Des batteries de rechange : on y revient en détail, mais c'est vital.
- Une lampe frontale avec mode rouge : la lumière rouge préserve votre vision nocturne et ne gêne pas les autres observateurs. Le pire impair en sortie d'aurores, c'est d'allumer une lampe blanche au milieu d'un groupe.
- Un chiffon microfibre : la condensation et les cristaux de givre se déposent sur la lentille frontale. On essuie délicatement entre deux poses.
💡 Notre conseil : préparez et testez tout votre matériel à l'hôtel, au chaud, avant la première sortie. Repérer le bouton de mise au point manuelle ou le mode nuit avec des moufles, dans le noir, à -25°C, c'est le meilleur moyen de rater l'aurore pendant qu'elle danse au-dessus de votre tête.
Les réglages exacts, étape par étape
Voici la base que j'utilise systématiquement. Ce sont des points de départ : on ajuste ensuite selon l'intensité de l'aurore et la luminosité ambiante (la lune change tout).
Pour un reflex ou un hybride
| Réglage | Valeur de départ | Quand l'ajuster |
|---|---|---|
| Mode | Manuel (M) | Toujours |
| ISO | 1600 à 3200 | Monter à 6400 si l'aurore est faible, baisser à 800 si elle est très intense |
| Ouverture | La plus grande possible (f/2.8 ou moins) | Rarement à changer |
| Vitesse | 8 à 15 secondes | Raccourcir à 3-5 s si l'aurore bouge vite, allonger à 20 s si elle est faible et statique |
| Mise au point | Manuelle, sur l'infini | Une fois réglée, ne plus y toucher |
| Balance des blancs | 3500 à 4000 K | Plus bas pour des verts froids, plus haut si la neige jaunit |
| Format | RAW | Toujours, pour récupérer les couleurs au montage |
Le piège de la mise au point. En autofocus, l'appareil cherche désespérément un point de netteté dans le noir et n'y arrive jamais. Passez en manuel, activez le live view, visez une étoile brillante ou une lumière lointaine, et tournez la bague jusqu'à ce que le point soit le plus net possible. Vérifiez en zoomant dans l'image après votre première photo. Une mise au point ratée, c'est toute une nuit de photos floues, et croyez-moi, on l'a vécu.
Le compromis vitesse. Plus la pose est longue, plus vous captez de lumière, mais plus l'aurore "bave" et perd ses détails. Quand l'aurore est calme (un voile vert immobile), une pose de 15 ou 20 secondes donne une belle image lumineuse. Quand elle danse vite (les fameux rideaux qui ondulent par Kp élevé), il faut descendre à 3 ou 5 secondes pour figer les structures, quitte à monter les ISO.
Pour un smartphone
Les smartphones récents font des miracles. Le mode nuit de l'iPhone (à partir du 12 Pro), du Pixel (6 et suivants) ou des Galaxy S récents capte des aurores que l'œil distingue à peine.
- Activez le mode nuit et laissez-le poser le plus longtemps possible (3 à 10 secondes selon les modèles).
- Stabilisez le téléphone : un mini-trépied, ou à défaut posé sur un sac, un bonnet, un rebord. Impossible à main levée sur une pose longue.
- Si votre téléphone a un mode pro / manuel, réglez ISO 1600-3200 et 5-10 secondes, exactement comme un appareil.
- Coupez le flash. Toujours. Il n'éclaire pas le ciel, il ruine juste la vision nocturne de tout le monde.
Le Pixel 8 Pro de Julien nous a bluffés en février 2024 : couleurs très saturées, parfois trop, mais la capture était bien là. Pour un souvenir à partager, c'est largement suffisant. Pour un tirage encadré, ça ne remplace pas un capteur d'appareil.
La chose que personne ne vous dit : l'œil voit gris, le capteur voit vert
C'est le point qui déroute le plus les débutants, et qui m'a moi-même perturbée la première fois. L'œil humain perçoit très mal les couleurs dans l'obscurité. Une aurore moyenne que vous voyez comme un voile gris-blanchâtre apparaîtra franchement verte, parfois violette ou rose, sur la photo.
Lors de notre toute première aurore, on a regardé le ciel en se disant "bon, c'est gris, c'est ça les fameuses aurores ?". Puis j'ai regardé l'écran de l'appareil après une pose de dix secondes : un festival de vert émeraude. On n'en revenait pas.
Conséquence pratique : ne jugez jamais une aurore à l'œil nu pour décider si ça vaut le coup de sortir l'appareil. Une lueur grisâtre suspecte mérite toujours une photo de test. Les aurores vraiment spectaculaires à l'œil (vert vif, rideaux dansants, rouge et violet) correspondent à des indices Kp élevés, et sur la photo elles sont alors proprement renversantes.
Mes erreurs (pour que vous ne les fassiez pas)
Erreur n°1 : le flash, par réflexe
Première nuit, j'ai déclenché avec le flash activé. Non seulement il n'éclaire évidemment pas un ciel à 100 km de distance, mais il a grillé la vision nocturne de tout notre petit groupe pendant cinq minutes. On s'en est pris plein la tête, à juste titre.
Erreur n°2 : l'autofocus dans le noir
Mes vingt premières photos noires venaient de là. L'appareil n'arrivait pas à faire le point, donc il refusait de déclencher, ou déclenchait flou. La mise au point manuelle sur l'infini, ça paraît évident une fois qu'on le sait, mais sur le moment, dans le froid et l'excitation, on oublie.
Erreur n°3 : sous-estimer le froid sur les batteries
À -25°C, une batterie pleine peut chuter à 30 % en une heure. Une nuit à Inari, mes deux batteries étaient mortes à 1h du matin, pile quand l'aurore est devenue spectaculaire. J'ai regardé Julien filmer au téléphone, le cœur serré. Depuis, je garde trois batteries dans la poche intérieure de ma veste, contre le corps, et je les fais tourner. Une batterie froide remise au chaud retrouve d'ailleurs une partie de sa charge, c'est bon à savoir.
Erreur n°4 : changer d'objectif dehors
Une fois, j'ai voulu changer d'objectif en pleine sortie. Résultat : de la condensation et un micro-cristal de givre sur le capteur, et une poussière gelée impossible à enlever sur le moment. On choisit son objectif avant de sortir et on n'ouvre plus le boîtier dans le froid. Même chose au retour : on laisse l'appareil se réchauffer doucement dans son sac fermé pour éviter la buée interne.
Erreur n°5 : tout miser sur la photo
Ma plus belle aurore, celle de février 2023 sur le lac gelé de Muddusjärvi, j'ai presque arrêté de la photographier au bout de cinq minutes. Quarante minutes de rideaux verts et violets au-dessus de nos têtes, et j'ai choisi de regarder, pas de mitrailler. Je ne le regretterai jamais. Faites vos réglages, prenez vos clichés, puis posez l'appareil et levez les yeux. L'aurore que vous garderez le mieux en mémoire, ce n'est pas celle sur la carte SD.
Composer une belle photo d'aurore
Une aurore seule dans un ciel vide, c'est joli mais vite répétitif. Ce qui fait une vraie photo, c'est le premier plan.
- Un lac gelé : il reflète les couleurs et double l'aurore. C'est mon premier plan préféré, et un horizon dégagé à 360°.
- Une rangée de sapins enneigés : la silhouette sombre donne l'échelle et ancre l'image.
- Une cabane en bois éclairée : la petite lumière chaude qui contraste avec le vert froid, c'est l'image carte postale de la Laponie.
- Une personne immobile : Julien de dos, face à l'aurore, donne instantanément l'échelle et l'émotion. Il doit rester parfaitement immobile pendant la pose.
Pensez à la règle des tiers : placez l'horizon dans le tiers inférieur pour laisser respirer le ciel et l'aurore, qui sont les vrais sujets.
Où photographier les aurores en Finlande
Le matériel ne fait pas tout : il faut un ciel noir et dégagé. Nos meilleurs spots photo se trouvent loin des villes, au-dessus du 68e parallèle. On détaille tout dans notre guide dédié aux aurores boréales en Finlande, mais en résumé, pour la photo : Inari et ses lacs gelés, Kilpisjärvi pour les puristes, et Levi si vous voulez combiner photo et activités. Évitez le centre de Rovaniemi, trop éclairé.
Pour savoir quand sortir, surveillez l'indice Kp et la couverture nuageuse : notre article sur les prévisions des aurores boréales explique les applications qu'on utilise. Et n'oubliez pas de vous équiper contre le froid, car une séance photo, c'est de longues heures immobiles : voir notre méthode pour s'habiller en Laponie.
Questions fréquentes
Lyonnaise de 34 ans, photographe à mi-temps et grande amatrice de froid. Première fois en Laponie en décembre 2021 avec Julien. Depuis : 6 séjours, 47 jours sur place, et une collection de bonnets trop petits.
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Lire le guide voyage →Articles similaires
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