Peuple sami : histoire, langues, drapeau et culture du Sápmi
Comment on a appris à dire « Sami »
Lors de notre premier voyage, en décembre 2021, on disait « les Lapons » sans y penser, comme dans nos livres de géographie. En février 2022, dans la grande salle du musée Siida à Inari, un panneau expliquait d'où venait ce mot et pourquoi les Samis ne l'emploient pas pour se désigner. Julien s'est tourné vers moi : « Bon. On a dit ça pendant tout notre premier voyage. »
Six séjours plus tard, voici ce qu'on a appris, avec des sources vérifiables pour les dates et les chiffres. On n'est ni historiens ni samis, juste deux voyageurs qui voulaient comprendre chez qui ils mettaient les pieds.
Qui sont les Samis ?
Les Samis sont le seul peuple autochtone reconnu de l'Union européenne, comme le rappelle le Parlement sami de Finlande. Leur territoire ancestral, le Sápmi, ignore les frontières d'État et recouvre en grande partie ce que les cartes appellent la Laponie (pour les contours, voyez où se trouve la Laponie).
Combien sont-ils ? Personne ne le sait : aucun de ces pays ne recense l'appartenance ethnique. Le Centre régional d'information des Nations unies donne une fourchette de 70 000 à 135 000 personnes, répartie ainsi :
| Pays | Estimation de la population sami |
|---|---|
| Norvège | 40 000 à 60 000 |
| Suède | environ 20 000 |
| Finlande | environ 9 000 |
| Russie (péninsule de Kola) | environ 2 000 |
D'autres sources donnent environ 6 000 pour la Finlande. Les Samis sont majoritaires dans l'intérieur du Finnmark norvégien et à Utsjoki, en Finlande, minoritaires presque partout ailleurs. Les habitants de la Laponie ne sont donc pas tous samis, et beaucoup de Samis vivent à Oslo, Stockholm ou Helsinki, sans aucun lien avec les rennes.
Une histoire d'assimilation, puis de reconnaissance
L'histoire du peuple sami avec les États nordiques n'a rien d'un conte de Noël. Côté norvégien, la période la plus dure porte un nom : la norvégianisation. La Commission vérité et réconciliation mandatée par le Parlement norvégien a remis son rapport le 1er juin 2023. Elle décrit une politique engagée vers le milieu du XIXe siècle et poursuivie plus de cent ans : langues samies restreintes, enfants envoyés en internat. Sa conclusion est nette : l'État norvégien a commis une injustice envers les Samis, les Kvènes et les Finnois des forêts. La Suède a mis en place sa propre commission vérité sur les Samis en novembre 2021, et la Finlande a lancé un processus du même type.
Quelques jalons de la reconnaissance :
- 1979 : la contestation contre un projet de barrage sur le fleuve qui traverse Alta, dans le Finnmark, met la question sami à la une.
- 1989 : création du Parlement sami de Norvège (Sámediggi).
- 1990 : la Norvège est le premier pays à ratifier la convention 169 de l'Organisation internationale du travail sur les peuples autochtones.
- 1993 : création du Parlement sami de Suède.
- 1996 : création du Parlement sami de Finlande, et inscription dans la Constitution finlandaise de l'autonomie linguistique et culturelle des Samis.
Ces parlements n'ont pas les pouvoirs d'un gouvernement. Celui de Finlande compte 21 membres élus tous les quatre ans et siège depuis 2012 au centre Sajos, à Inari. Et les débats continuent : droits sur les terres, mines, partage des pâturages.
L'élevage de rennes, au cœur de la culture sami
Le renne reste au centre de l'identité sami, mais moins de 20 % des Samis vivent directement de l'élevage. Et les règles changent selon le pays, ce qu'on ignorait avant d'y aller :
- En Norvège, l'élevage de rennes dans la zone sami est réservé aux Samis (avec une exception dans une zone de concession au sud).
- En Suède, le droit d'élever des rennes passe par l'appartenance à une communauté d'éleveurs, la sameby, réservée aux Samis, sauf dans une zone de concession de la vallée de la Torne.
- En Finlande, la loi ne réserve pas l'élevage aux Samis : tout citoyen de l'Espace économique européen résidant dans la zone d'élevage peut posséder des rennes s'il est accepté par une coopérative. Dans la zone la plus au nord, presque tous les propriétaires sont samis.
Concrètement, chaque renne que vous croisez sur la route appartient à quelqu'un. Les éleveurs les reconnaissent à une marque entaillée dans l'oreille, propre à chaque famille. Près d'Inari, en 2022, notre éleveur en reconnaissait une à vingt mètres, de dos, à 15 heures dans la pénombre. Nous, on voyait juste des rennes.
Si vous conduisez en Laponie, ralentissez : un renne percuté, c'est un animal perdu pour une famille d'éleveurs. Et oui, la viande de renne est au menu partout, on en parle dans notre article sur ce qu'on mange en Laponie.
Les langues samies : neuf langues, pas une
On imaginait « la langue lapone », au singulier. Il y a en fait neuf langues samies encore parlées, de la famille ouralienne comme le finnois, et assez différentes pour qu'un locuteur de same du Nord ne comprenne pas forcément le same skolt. Huit ont une forme écrite standardisée.
| Langue | Où on la parle | Nombre de locuteurs (estimations) |
|---|---|---|
| Same du Nord | Norvège, Suède, Finlande | 15 000 à 26 000 |
| Same de Lule | Suède, Norvège | 1 000 à 2 000 |
| Same du Sud | Suède, Norvège | 500 à 600 |
| Same d'Inari | Finlande (Inari) | 400 à 500 |
| Same skolt | Finlande, Russie | 300 à 400 |
| Same de Kildin | Russie (Kola) | 150 à 350 |
| Same de Pite | Suède | quelques dizaines |
| Same d'Ume | Suède | une vingtaine |
| Same de Ter | Russie (Kola) | quelques personnes |
Ces chiffres viennent de comptages d'années et de méthodes différentes : c'est un ordre d'idée. Le same d'Inari est souvent cité comme un cas de revitalisation réussi, grâce aux « nids de langue » (des crèches entièrement en same) et aux cours intensifs pour adultes.
Le same est langue minoritaire reconnue en Suède depuis le 1er avril 2000. En Finlande, la loi de 2003 garantit son usage auprès de l'administration à Enontekiö, Inari, Sodankylä et Utsjoki. À Inari, trois langues samies se parlent au quotidien, et ça se voit sur les panneaux routiers.
Notre bilan après six voyages : on sait dire Bures (bonjour en same du Nord), pas beaucoup plus. Mais dans une boutique d'artisanat d'Inari, ça nous a valu un grand sourire et vingt minutes de conversation sur les couteaux en bois de renne.
Le drapeau sami et la fête nationale du 6 février
Le drapeau sami, vous le verrez flotter partout en Laponie : un cercle coupé en deux, rouge à gauche et bleu à droite, posé sur quatre bandes verticales rouge, vert, jaune et bleu.
- Adoption : le 15 août 1986, lors de la 13e Conférence sami nordique, à Åre, en Suède.
- Auteure : l'artiste sami Astrid Båhl, dont le projet a été retenu parmi plus de 70 propositions.
- Symbolique : le cercle représente le soleil (en rouge) et la lune (en bleu). Le motif s'inspire du poème Päiven Pārne' (« Les fils du soleil ») du pasteur Anders Fjellner, dans lequel les Samis sont les descendants du soleil.
- Couleurs : rouge, vert, jaune et bleu, les couleurs que l'on retrouve sur le gákti, le vêtement traditionnel.
On l'appelle souvent « drapeau de la Laponie », mais c'est le drapeau du peuple sami, pas celui d'une région administrative.
La fête nationale sami a lieu le 6 février. Elle rappelle le premier congrès sami, réuni à Trondheim le 6 février 1917. Elle a été choisie en 1992 lors de la 15e Conférence sami à Helsinki et célébrée pour la première fois en 1993. Ce jour-là, on hisse le drapeau et on chante l'hymne Sámi soga lávlla (texte d'Isak Saba) dans la langue locale.
💡 Notre conseil : si vous voyagez en Laponie en février, calez une journée le 6 février à Inari, Karasjok ou Jokkmokk. On y voit les familles en gákti de fête, et l'ambiance n'a rien à voir avec une animation touristique.
Joik, gákti, duodji : trois mots pour comprendre la culture sami
Le joik
Le joik est le chant traditionnel sami, le plus souvent sans instrument, fait de sons, de syllabes et de quelques mots. On ne chante pas un joik sur quelqu'un : on « joike » la personne elle-même, un animal ou un lieu. C'est un portrait sonore. Les missionnaires l'ont longtemps combattu comme un chant du diable.
On en a entendu un seul en vrai, à Jokkmokk, chanté par une femme âgée au bord d'un feu. Trois minutes. Personne n'a sorti son téléphone, nous non plus.
Le gákti
Le gákti est le vêtement traditionnel sami, porté pour les fêtes et les grandes occasions. Ses couleurs, ses bandes de tissu, la forme du col ou de la ceinture indiquent l'origine régionale, parfois la situation familiale.
C'est aussi un vêtement qu'on ne porte pas pour se déguiser. Le Parlement sami de Finlande le dit clairement : porter une imitation de gákti, ou un faux bonnet « à quatre vents » acheté en boutique de souvenirs, est perçu comme offensant.
Le duodji
Le duodji, c'est l'artisanat sami : couteaux à manche en bois de renne, bols taillés dans des loupes de bouleau (les guksi), bijoux en étain, sacs en cuir, broderies. La philosophie est simple : un objet doit servir avant d'être beau. Un vrai objet de duodji coûte cher, ce qui se comprend vu le temps de travail. On a acheté un petit guksi à Jokkmokk en 2025. Il sert de bol à café le dimanche et on ne l'a jamais regretté.
Pourquoi on évite le mot « Lapon »
« Lapon » est un exonyme : un nom donné par les autres, pas par les intéressés. Son origine est discutée (une hypothèse le rattache au suédois lapp, « morceau de tissu »), mais pendant des siècles il a accompagné un regard méprisant venu de l'extérieur. Les Samis se désignent eux-mêmes comme sámit (au pluriel, en same du Nord).
Concrètement, voici ce qu'on fait :
- On dit Samis (ou Sames, l'orthographe varie en français) pour parler des personnes.
- On garde Laponie pour la région géographique et administrative (la province de Laponie en Finlande, le Lappland en Suède).
- On dit Sápmi quand on parle du territoire sami au sens culturel, qui déborde de la Laponie et traverse quatre pays.
Personne ne vous en voudra d'une maladresse. Mais un « Lapon » lancé à un éleveur, c'est un peu comme appeler quelqu'un par un vieux surnom qu'il n'a jamais aimé.
Rencontrer la culture sami en voyage, sans tomber dans le folklore
Le musée Siida, à Inari
Notre adresse numéro un. Le musée sami et centre de la nature Siida raconte l'histoire du peuple sami et la nature du Grand Nord, avec un musée en plein air ouvert toute l'année (si la météo le permet). On y a passé une matinée entière à chaque séjour.
- Tarif : 18 € plein tarif, 15 € réduit, 36 € le billet famille, gratuit avant 7 ans (saison 2026-2027, selon le site du musée).
- Hiver (du 5 octobre 2026 au 31 mai 2027) : du lundi au samedi, de 10 h à 17 h, fermé le dimanche.
- Été (de juin à septembre 2027) : tous les jours, de 9 h à 18 h.
On l'avait payé moins cher la première fois. Ça les vaut toujours.
Le centre Sajos, à Inari
À deux pas du Siida, au bord de la rivière Juutuanjoki, le Sajos abrite depuis 2012 le Parlement sami de Finlande, les archives samies, une bibliothèque et une boutique de livres et d'artisanat. On y passe moins pour « visiter » que pour voir un lieu où la vie sami se fait au présent. Pour organiser le séjour autour, tout est dans notre guide d'Inari.
Le marché d'hiver de Jokkmokk, en Suède
Le marché de Jokkmokk commence chaque année le premier jeudi de février et dure trois jours. L'édition 2027, la 422e, aura lieu du jeudi 4 au samedi 6 février 2027, donc le jour de la fête nationale sami. Le site officiel annonce environ 50 000 visiteurs par an (50 227 en 2026).
On y était en février 2025, pendant notre road trip entre Kiruna et Inari. Il faisait -31 °C le premier matin. Du très beau duodji, des conférences, des courses de rennes, et beaucoup de monde : on n'a pas trouvé de chambre à Jokkmokk même, réservez des mois à l'avance.
Notre galère : le spectacle qu'on ne referait pas
Lors de notre tout premier voyage, en décembre 2021, on a participé près de Rovaniemi à une « cérémonie lapone » incluse dans un pack d'activités. Un animateur en costume bleu et rouge, un faux chaman, un tambour, de la suie sur le front, un diplôme à la fin. On a ri sur le moment. C'est en lisant les principes éthiques du tourisme sami, adoptés par le Parlement sami de Finlande le 24 septembre 2018, qu'on a compris ce qu'on avait vu : un costume d'imitation, porté par quelqu'un qui n'était pas sami, pour mettre en scène des rites sortis de leur contexte.
Depuis, on a trois réflexes avant de réserver une activité « culture sami » :
- Vérifier qui organise. Une famille d'éleveurs (comme celle qui nous a reçus près d'Inari) ou une entreprise sami comme Nutti Sámi Siida, près de Jukkasjärvi, ce n'est pas un spectacle monté par un tour-opérateur.
- Fuir les « baptêmes » et les « chamans ». Les rites religieux samis ne sont pas des animations.
- Demander avant de photographier les personnes, les maisons, les enclos. La réponse est souvent oui.
Et on n'achète jamais de bonnet « lapon » en souvenir : plutôt un vrai objet de duodji ou un livre au Sajos. Pour aller plus loin, le Finnmark (Karasjok, Kautokeino) est la région où les Samis sont le plus nombreux, on en parle dans notre article sur la Laponie norvégienne. Et gardez ces réflexes en tête en choisissant vos activités en Laponie.
Sources et pour aller plus loin
- Population : Centre régional d'information des Nations unies (UNRIC).
- Norvégianisation : présentation du rapport de la commission sur le site du Storting.
- Tourisme respectueux : Parlement sami de Finlande.
- Horaires et tarifs : Siida et marché de Jokkmokk.
Questions fréquentes
Lyonnaise de 34 ans, photographe à mi-temps et grande amatrice de froid. Première fois en Laponie en décembre 2021 avec Julien. Depuis : 6 séjours, 47 jours sur place, et une collection de bonnets trop petits.
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